Je sens une présence derrière moi, lointaine au début, mais qui se rapproche au fur et à mesure. Ses pas ne projettent aucun bruit. Ils effleurent l'herbe humide de la rosée qui est tombé pendant la soirée sur la vallée. Une douce chaleur parcourt mon dos et m'indique sa proximité. Son intuition doit être aussi aiguiser que son regard pour avoir réussi à me trouver dans ce refuge, ce paradis à l'abri du monde. En réponse à mon sentiment d'inquiétude, où perçe une pointe d'excitation, un frisson glaçé m'envahit le corps, comme pour me rappeler que je suis seule en pleine nuit sur une lande inconnue de tous, qu'il frôle la minuit et qu'une fois encore je suis seule, seule avec sa présence qui se cache derrière moi, si proche que j'arriverais presque à entendre les bâtements de son coeur.
Sous la lune et les étoiles, il n'y a pas un bruit, le vent semble être absent, les animaux nocturne repartis se couchés. Le temps s'écoule ainsi, en suspens, et je ne fais rien ou plutôt si, je lutte contre l'envie, le désir de mettre un terme à cette torture. Son esprit, affuté et pervers à des moments, a dût découvrir mon manège, mon secret et maintenant il prend sa revanche, en restant dans mon ombre, s'insinuant en moi par le flot de ses pensées, si fortes que je crois les entendre et me murmurer des phrases pleines de promesses, me testant à sa guise, m'invitant à rentrer dans son jeu. Je me laisse prendre dans la danse. Son parfum, subtil et délicieux, tel la senteur des bois humides, à la venue du printemps ou au doux déclin de l'été, m'enivre et me berçe, essayant de tromper ma vigilance. Tous ce que je pensais avoir bannis, enfouis et oublier au plus profond de moi-même, il le déterre par pure insolance, prenant un malin plaisir à ramener à la vie les fantômes de mon passé. Je croyais en avoir fini avec ce caprice sans âge mais il réveille en moi des ardeurs que je preférais ne plus connaître: le désir, le plaisir et l'amour. Sa voix balaye en moi toute forme de résistance contre l'attirance qui m'anime.
Son corps tout entier et ses gestes délibérés me narguent et quand il me regarde, ses yeux fouillent au fond des miens. J'ai l'impression que je ne suis rien d'autre qu'un livre dans lequel il lit, pages après pages, connaissant toutes mes lignes, tous mes mensonges, pouvant ainsi visiter tous les recoins de mon être et jouer avec mes sentiments et mes envies. Il n'est personne d'autre que le diable sous forme humaine, Satan que je dis car nul autre que le seigneur des ténèbres ne peut déployer autant de charme, de grâce et de mystère, sinon son compère résidant plus haut que les nuages, dans ce que nous, humains, appelons les cieux.
Je lutte contre mes propres sentiments, pour ne pas répondre à son appel. Et je le haie pour ce qu'il provoque chez moi, un doublement de ma personnalité, que j'appelle çà: d'un côté je le déteste pour l'influance qu'il exerçe sur moi et de l'autre, je n'ai qu'une seule envie: c'est de goûter au fruit interdit, de danser sur son rythme.
Cette joute silencieuse ne dure que quelques secondes. Mon coeur commençe à s'emballer quand il se rapproche imperceptiblement. Je ne bouge pas d'un pouce, paralysée, partager entre l'envie de m'enfuir en courant et celle ce continuer à danser. Je ferme les yeux et prie pour que je me réveille de ce cauchemar ou de ce rêve, je ne saurai le dire, même si je sais pertinnement que je ne dors pas. Je voudrais qu'il arrête son jeu, cela peut sembler ridicule mais lutter contre soi même est plus difficile qu'il n'y paraît et c'est exactemment ce que je fais en fin de compte.
Ma respiration s'accélère quand il me frôle le bras, un contact assez bref mais pas moins interessant. Avec un grand effort de volonté, j'ouvre mes paupières et à mon grand soulagement, je ne le vois pas tous de suite, son ombre tournant autour de moi avant de s'immobiliser une nouvelle fois dans mon dos. Ensuite, avec une lenteur délibérée, il dégage mes longs cheveux de ma nuque, ses lèvres fiévreuses et humides venant taquinner langoureusement mon cou, ma peau et mes sens. Cette fois, je trésaille toute entière sous la nouvelle règle qu'il m'impose. Je referme les yeux et déglutit péniblemment. Son jeu devient de plus en plus dur pour moi. Pour lui ce n'est qu'un divertissement, une façon de jouer plus amusante. Il sait sûrement qu'il me fait mal au coeur et doit sentir le combat que se livrent deux parties de mon âme, l'une recherchant l'étreinte entre ses bras qui maintenant m'enserrent la taille, et la deuxième refusant la chaleur de ses lèvres qui tâtonnent toujours dans le noir de l'obscurité, explorant chaque recoin de ma nuque.
Je ne le voie pas, il reste derrière moi et me prive de l'enchantement de son visage aux traits fins et réguliers, de son regard azur lointain et envoutant. Tandis que sa bouche remonte au fur et à mesure vers la mienne, je sens mon coeur se raidir, sans même que je lui en aille donner l'ordre. Je ne contrôle plus rien !
Une main experte se glisse furtivement sous mon vêtement et se pose sur mon ventre, qui se soulève un peu trop vite à mon goût, suivant le cours de mon souffle. A présent, il est le maître du jeu !
J'aurai dû détaler, m'en aller quand j'en avais l'occasion, avant qu'il ne me trouve et ne ressente l'envie que j'avais de jouer avec lui à son jeu, dont lui seul en connait toutes les règles. Et encore une fois il a gagné. Acceptant ma défaite avec une douce gaité, mon corps se détend soudain, se colle au sien et s'y abandonne entièrement, comme sous l'emprise de la sensualité et de l'innocence qu'il dégage. Alors qu'en moi se déchaîne la violence de mon désir et la douceur de sa peau, ses lèvres effleurent enfin les miennes, timidement pendant un instant, puis avec insistance, y cherchant refuge, tandis qu'il poursuit ses caresses, me faisant frissoner à plusieures reprises, mais de quoi je n'ose me l'avouer, ses mains semblant danser comme un ballet sur mon corps anticipant tous ses mouvements. Son baiser - et quel baiser !,je le savoure, je le consume et lui rends avec la même envie, la même fougue et la même ardiesse qu'il me l'as offert, tel un léger bâtement d'ailes de papillon mais à la fin aussi puissant que celui d'un aigle royal. Dans un même temps, il se plaçe devant moi, ses cheveux noirs de jais occultant quelque peu la lumière de la lune.
C'est au son du vent courant dans la vallée que nous continuons plus loin cet échange, sans une seule parole, allongés dans l'herbe fraiche et moelleuse, sous le regard de millions d'étoiles éclatantes comme les larmes sur les joues d'une sainte.
Son jeu était pourtant depuis lontemps terminé, mais le mien ne faisait que commençer...